Réhabilitons l’idéal !

Par Fernand SCHWARZ

Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole

À l’heure de la post-vérité et du populisme, est-il raisonnable d’avoir un idéal ? Le monde est devenu très incertain et imprévisible, poussant une majorité vers le repli par instinct de survie et ne cherchant des solutions que dans des fragments de réalité. Notre époque n’aime pas la contradiction et se plaît à voir le monde dans une vision en noir ou blanc.
Il est temps de réconcilier deux frères apparemment ennemis : l’aspiration à l’idéal et la nécessaire implication dans la réalité. La notion d’idéal suppose un engagement total qui, à priori, a de quoi intimider. Et nous ne pouvons oublier non plus qu’en son nom, les pires totalitarismes du XXe siècle et ses ombres au XXIe siècle ont prospéré.

Pourtant, l’idéal est décisif pour la vie psychique et spirituelle.

Il vient du plus profond de notre nature et nous pousse à nous dépasser, et plus encore que l’émotion ou la capacité de communiquer, il signe comme l’exprimait Michel Lacroix (1), notre humanité. Charles Pépin, l’auteur de Vertus de l’échec (2) signale qu’être idéaliste aujourd’hui est en passe de devenir une insulte. Ne pas s’ajuster aux réalités semblerait être le fait de doux rêveurs inefficaces. La confusion entre idéaliste et idéologue s’est installée dans les esprits. L’idéologue est en fait celui qui reste enfermé dans « la logique d’une idée ». L’idéaliste, au contraire, se bat pour améliorer le réel au nom de son idéal.

Charles Pépin nous conseille de vérifier si nous sommes réellement portés par un idéal ou enfermés dans une idéologie. « Si vous réussissez à voir, concrètement, ce que la croyance en votre idéal améliore, quotidiennement, de votre réalité, alors vous êtes idéaliste au sens noble. Si en revanche vous prétendez avoir des convictions, croire en certaines idées, mais ne voyez pas ce que cette croyance induit comme progrès existentiel, effectif et régulier, alors c’est que vous êtes menacé de dérive idéologique. Les meurtres de masse du XXe siècle ont été commis par des idéologues, non par des idéalistes » (3).

Pour éviter toute dérive, nous conseillons de penser idéalement et d’agir modestement.

Il s’agit de rompre avec l’optimisme naïf des hommes du XIXe siècle et de leurs héritiers qui croyaient que les idéaux étaient censés conduire automatiquement au progrès. Il faut également sortir de la table rase induite par la fascination de la radicalité du changement.

Pour vivre un idéal, nous devons retrouver un savoir-être construit dans la tempérance et la prudence, qui nous permette d’anticiper, ainsi qu’un savoir-faire, vecteur d’efficacité dans le réel.

Enfin, il ne faut pas confondre valeurs et idéaux. Une différence de nature les sépare. Les valeurs sont de l’ordre « de ce qu’il faut faire » et non de l’être. On peut reconnaître les valeurs et les approuver sans les pratiquer. Tout le monde prétend qu’il faut préserver la nature. Ce n’est pas pour autant que chacun prend sa responsabilité écologique.

Aujourd’hui, tout le monde parle de valeurs mais avec une adhésion assez tiède et sans application pratique. Il n’en est pas de même avec l’idéal. Il ignore les demi-mesures. Il ne désigne pas ce qui a de la valeur pour nous mais ce qui a « le plus de valeur » pour nous.

L’idéal est un acte pour notre existence, et il nous mobilise totalement.

Il exige de chacun une décision intérieure. « L’idéal transforme ceux qui le suivent ; il les perfectionne à mesure qu’ils s’en imprègnent. Il les fait grandir dans l’évolution de la conscience, développe leurs potentialités spirituelles cachées et leur ouvre de nouveaux horizons bien au-delà de ce qui est strictement physique » (4).

Les valeurs sont de l’ordre de la pluralité. L’idéal est toujours de l’ordre de l’unité et relie les êtres humains pour agir ensemble. Tous les idéaux qui ont jalonné les siècles ont tiré leur puissance d’entraînement de l’imperfection du monde environnant.
Dans l’Empire romain, pour parer au défaut de l’ordre extérieur, la philosophie stoïcienne proposa un idéal d’ordre intérieur. L’idéal chevaleresque du Moyen-Âge fut une réaction contre la violence de la société médiévale. L’idéal humaniste du XVIe siècle fut une réponse aux atrocités des guerres de religion.

Tous les grands idéaux sont des révoltes contre l’inacceptable, des antidotes aux maux du monde. Il nous appartient aujourd’hui de réhabiliter l’idéal.

 
(1) Philosophe et écrivain français, auteur de Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable ?, Éditions Flammarion, 2007, réédité chez Éditions Marabout, 2014
(2) Vertus de l’échec, Allary éditions, 2016, 256 pages
(3) Tiré de l’article Soyez idéaliste, paru dans la revue Psychologie magazine, janvier 2017, page 50
(4) Prends ton envol, Jorge Angel Livraga, Éditions Nouvelle Acropole. Jorge Angel Livraga est le fondateur de l’association internationale Nouvelle Acropole

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