L’art difficile de choisir

Par Délia STEINBERG GUZMAN

Présidente internationale de l'association Nouvelle Acropole

L’auteur s’interroge sur l’art difficile de choisir. Le choix est peut-être à portée de main ou nécessite-t-il d’emprunter des chemins nouveaux ? Comment choisir et que choisir ?

Choisir est un art et une science et, sous certains aspects, en vient à devenir l’axe de la vie même. Tout est-il pareil que toujours ? Alors, s’il en est ainsi, on peut affirmer que c’est pire. Parce que l’immobilisme, l’arrêt d’améliorations et de perspectives, dans un monde qui est pur mouvement, équivaut à une régression. Et si l’on accepte le fait que les choses empirent, on confesse l’ignorance et l’impuissance à résoudre les problèmes, à trouver des solutions valables et durables. D’une manière ou d’une autre, pareil ou pire, personne ne nous libère de la salve quotidienne de désastres, de catastrophes, d’horreurs, de tragédies qui s’introduisent dans nos vies, que ce soit à travers les médias ou directement. La douleur et la honte, sous mille masques, se font sentir constamment.

On parle de guerres, de ceux qui les veulent et les provoquent, et de ceux qui les supportent et ne les désirent pas. Et près des acteurs – les agresseurs et les victimes – il y a des centaines de milliers de gens passifs qui ne peuvent ou ne veulent rien faire pour pallier à la situation. On rend publics des scandales de corruption, si nombreux qu’ils ne parviennent pas jusqu’aux pages des journaux et des revues pour être décrits. Mais rien ne devient clair ; certaines manigances s’estompent peu à peu parce qu’on ne peut s’engager selon de qui il s’agit ; d’autres événements sont démesurément aggravés parce qu’il faut des boucs émissaires. Tout mouvement d’argent devient suspect et le simple citoyen tremble chaque fois qu’il veut se lancer dans une affaire dans la mesure où ceux qui manient le pouvoir font ce qu’ils veulent tant qu’ils peuvent. Le délit n’est pas le fait en soi mais la plus ou moins grande habileté du délinquant et le nombre et l’importance de ses amis et de ses ennemis.

On critique des sectes et des prédicateurs qui s’acharnent sur les naïfs et les ignorants. Pendant ce temps, il y a deux péchés que peu ou personne ne considère : pourquoi y-a-t-il tant d’ignorants et de naïfs ? et tous les opportunistes ne profitent-ils pas de l’ingénuité des inexpérimentés ? Y a-t-il une grande différence entre vendre un paradis ou un médicament inopérant ? On installe des drapeaux, des commissions, des réunions, des communiqués répudiant la violence, la discrimination raciale et religieuse, la haine qui oppose les êtres humains. Mais tous tombent dans le même piège : en mots, on exprime des merveilles ; dans la réalité, chacun défend sa différence distinctive comme un trésor.

Nous ne faisons que répéter

Est-il vraiment si mauvais notre monde, notre présent historique ? Ne sommes-nous pas en train de répéter des faits mille fois vécus, en les majorant, ça oui, par la diffusion et le scandale qui obtiennent d’indubitables bénéfices commerciaux ? Y a-t-il quelque chose de réellement nouveau sous le Soleil ? je crois que non ; même pas l’ignorance et la capacité d’oublier qui nous fait voir comme nouveau ce qui est rebattu et répété.

Il y a un changement, oui. La technique nous décharge de beaucoup de travaux ; la science nous rapproche davantage de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Mais l’être humain a peu changé, il a beaucoup moins évolué comparativement aux grands sauts que paraissent apporter les inventions.

En fin de compte, ils pleurent, ceux qui subissent la misère et ceux qui ne savent pas comment maigrir, ceux qui craignent l’enfer éternel et ceux qui ne savent pas en qui ou à quoi croire, ceux qui souhaitent en savoir plus et ceux qui ne savent rien, ceux qui tuent et ceux qui meurent.

Le changement est ou devrait être intérieur. Si l’homme ne change pas dans son essence, les circonstances changeront difficilement sauf en noms et en décors. Et de l’intérieur, on ne se change qu’en acquérant un savoir profond, une expérience solide et éprouvée, même si ce n’est que pour affirmer, comme le sage Socrate : «Je sais seulement que je ne sais rien». Ce qui est déjà savoir beaucoup

L’art difficile de choisir

Nous sommes en période d’élections et il n’est pas facile de choisir. Avec cela, je ne me réfère pas à l’appareil politique compliqué qui absorbe le monde entier, en faisant que les gens doivent se décider pour les uns ou les autres des gouvernants. Ce qui me préoccupe est «le difficile art de choisir» qui, sous certains aspects, parvient à se transformer en l’axe de la vie même.
D’un côté, la peur de choisir est toujours présente, de se déterminer pour une seule possibilité alors qu’il y en a beaucoup – apparemment des quantités ! – autour. D’un autre côté, il y a le plaisir de choisir entre les options variées qui nous sont présentées, plaisir qui, au final, laisse un goût amer car il est associé à la sensation d’instabilité, d’erreur. Et plus encore au manque de responsabilité : si je me trompe, je choisis autre chose et la question est réglée.
Voyons un peu chaque cas, car bien qu’on les voie comme opposés, ils finissent par se donner la main.
La peur de choisir est le résultat d’une mentalité immature. Ici s’additionnent de nombreux facteurs, depuis l’éducation familiale, scolaire, le contexte social, les modes, les rares exemples à suivre, le présent qui réduit à néant avec sa volatilité le passé et le futur, l’absence d’idées claires, les rares perspectives humaines même si une propagande subtile se charge de peindre tout en rose…

Choisir ? Que choisir ?

C’est sa propre vie qui est en jeu, la survie matérielle, l’approbation des autres, le bon, le mauvais ou le neutre que nous pouvons faire pour le reste de l’humanité. Étudier ? Travailler ? Quoi, où ? Aimer, former une famille, éduquer des enfants ? Sur la base de quels principes et avec quelle assurance de succès ? En dépit de cet exposé à première vue pessimiste, je crains grandement que n’importe guère à personne la maturité psychologique et intellectuelle des gens, ni que personne ne prenne guère en compte que c’est une conquête qui dépend du courage personnel de chacun.

Le plaisir de choisir est tout juste un jeu. Le fond est la même incertitude que guide la peur, simplement au lieu de la paralysie devant la crainte, on choisit le mouvement perpétuel, le banal changement déguisé en évolution, le saut sans sens, le chemin sans cap déterminé.
Il n’y a pas beaucoup de bonnes choses à choisir ; la majeure partie des options sont également vides de contenu, ce sont des masques peints qui se brisent dans la mesure où ils se heurtent à la réalité. C’est pourquoi le plaisir initial s’évanouit en constatant que rien de ce que nous pouvons choisir ne nous satisfait ; qu’il faut renouveler constamment les choix pour être à jour dans cette course affolante et sans but. Derrière la façade d’un développement privilégié, se profilent les ruines de l’ignorance et de la duperie.
Voilà un rappel de l’art difficile de choisir qui, pour être un art, ne cesse pas de tenir beaucoup d’une science. Peut-être l’erreur est-elle de croire que tout ce que nous pouvons choisir est ce que nous avons sous les yeux, à portée de main. Peut-être faut-il ouvrir des chemins nouveaux – ou simplement vieux parce que non fréquentés – pour trouver des vérités authentiques, des règles stables et équilibrées qui permettent à l’homme de reconnaître sa participation à l’ensemble de l’Humanité. Indubitablement, un autre défi de la Philosophie.

 

Traduit de l'espagnol par Marie-Françoise TOURET
N.D.L.R. Le chapeau et l’intertitre ont été rajoutés par la rédaction

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