PLUS DE PHILOSOPHIE 

Après les évènements qui ont endeuillés la France, nous devons tous comprendre et accepter que le monde dans lequel nous vivons a changé, que nous aussi, nous devons changer. La violence fait irruption sur le sol français, des centaines de milliers de personnes se pressent aux frontières de l’Europe fuyant leurs pays devenus invivables car dévastés par la guerre, la violence, la corruption et la misère. Comme à chaque fois que grandit la misère et l’ignorance, apparaît dans le même temps une vague de populisme et de fanatisme. Son succès est d’autant grand que les chemins qu’elle ouvre, apparaissent comme des solutions simples à des problèmes complexes.

Mais la philosophie nous apprend à ne pas voir le monde de manière binaire, il nous faut changer de logique. Face à la souffrance, au malheur et à la violence, il ne peut y avoir uniquement la faute des autres. S’il n’y a pas de mots assez forts pour condamner l’abomination du terrorisme aveugle, nous ne pouvons pour autant nous contenter de penser que nous sommes face à des fous sanguinaires sans nous remettre également en question. Ces jeunes gens qui se font sauter ont grandis parmi nous, ils ont été scolarisés en France, ont partagé nos quotidiens… 

La crise est profonde, qui oppose un occident désorienté en perte de repères à une frange fanatisée et dévoyée de l’Islam.  Mais cette crise ne nous déstabiliserait pas autant si nous n’étions pas devenus si fragiles. Si l’Islam a accouché du monstre de Daesh, l’occident a du mal à voir en face la réalité de son impuissance, comme le dit très bien Abdennour Bidar1, « ses idéaux magnifiques et indispensables, synthétisés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, ne suffisent plus à produire des sociétés justes mais laissent exploser toutes les inégalités ; et ces mêmes valeurs ont perdu toute force d’attraction, de conviction, d’entraînement dans le reste du monde, à commencer du côté de l’Islam ». Oui, si une part de notre jeunesse désespère et qu’une petite frange, mais toujours trop importante, se tourne vers l’Islam radical, c’est que quelque chose ne tourne pas rond dans la société que nous leur proposons. Oui, Abdennour Bidar a raison « donner à chaque être humain les moyens de cultiver sa propre part d’infini, tel est aujourd’hui ce qu’aucune de nos civilisations ne sait plus prendre en charge mais qu’elle laisse à l’abandon, livrant les uns à une terrible solitude dans leur quête, et tous à une inculture spirituelle qui expose les plus fragiles aux séductions du djihadisme ! »

Face à la crise que nous vivons, il nous faut réfléchir autrement, accepter la réalité du monde qui nous entoure, celle de notre pays tout comme notre propre imperfection. La confrontation avec la réalité est toujours désagréable au début pour celui qui a cherché à fuir la souffrance. Et, nous sommes un peu comme les trois petit singes de l’histoire qui se bouchent les oreilles, la bouche et les yeux…sauf que désormais, il nous est devenu impossible de ne plus voir …

Comme le bouddha, nous avons vécu protégé dans un palais doré, pour ne pas voir, ne pas nous confronter et comme le Bouddha sortant de son palais nous découvrons la réalité du monde, la souffrance, l’horreur et la mort. Mais, comme le bouddha l’a enseigné, nous devons accepter ce constat sans peur, en comprenant que la haine engendre la haine, et que la violence engendre la violence...

Nous ne sommes pas parfaits, mais nous devons accepter nos imperfections. Socrate affirmait préférer déjà il y a 25 siècles, « subir l’injustice plutôt que la commettre ».  Choisissons comme lui de vivre en philosophe, de laisser nos actes parler pour nous. Aidons ceux qui nous entourent  au-delà de leurs origines et de leurs croyances, nous sommes tous égaux face aux difficultés qui s’abattent sur notre pays,  rendons à la fraternité ses lettres de noblesse, osons penser par nous-mêmes et faisons souffler un vent de liberté pour que l’idéal  de la République ne soit pas lettre morte.

Pour Nouvelle Acropole, la pratique de la philosophie est un antidote à toutes les formes d’intolérance, un anti virus bien nécessaire aujourd’hui pour que tous les hommes puissent récupérer leurs propres moyens, leur propre vie, leur propre conscience.

La Philosophie comme une pratique demande à chacun d’apprendre à se connaître, et de modifier sa vie pour chaque jour tendre davantage vers l’universel en sortant des égocentrismes et des petitesses.

C’est humblement que Nouvelle Acropole Bordeaux continuera à apporter dans notre belle ville sa pierre à l’édifice en ces temps difficiles, car c’est ensemble qu’il nous appartient d’inclure au lieu d’exclure, de relier au lieu d’invectiver, de déclarer la paix, et pas de chercher la vengeance.

Car le seul chemin pour sortir de la violence, qu’elle quelle soit, est celui de notre pratique de la paix, et de notre exemple de la citoyenneté et du partage. 

Et je laisserai le mot de la fin à Abdennour Bidar1 : « Travaillons à nous relier, resserrons nos liens, tous nos liens de sens et de fraternité, et Daesh n'aura pas pour nous diviser le passage d'une seule petite faille. Retissons les liens de fraternité avec nous-mêmes, avec les autres, avec la nature et l'univers. Respiritualisons le monde et nous aurons une chance de le guérir de ses souffrances ».

 

Thierry ADDA
1Abdennour Bidar Abdennour Bidar est Normalien, agrégé et docteur en philosophie. Il est chargé de mission à l'Éducation Nationale et est l'auteur de plusieurs ouvrages dont «L'Islam sans soumission», «Plaidoyer pour la fraternité» (Albin Michel) et «Lettre ouverte au monde musulman» (Les Liens qui Libèrent).

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